Bilan pédagogique : deux Terminales spé maths, année 2025-2026
Évaluations, résultats et orientation de 67 élèves dans deux classes
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L’an dernier, je publiais le premier bilan de ce type en promettant d’en faire un exercice récurrent. Promesse tenue : voici la deuxième édition, et elle change d’échelle. Cette année, j’avais deux classes de Terminale en spécialité mathématiques. La T07, une classe multi-spécialités où mes élèves de spé maths combinaient avec Physique-Chimie, LLCE, HGGSP ou HLP. Et la T11, une Maths-Physique classique, dont j’étais aussi le professeur principal. Soit 67 élèves au total.
Comme l’an dernier, les données sont anonymisées. Aucun nom n’apparait. Les statistiques sont calculées à partir des notes réelles de l’année et de l’export Parcoursup des admissions au 30 juin.
Le contexte : deux classes, deux personnalités
Cette année a été spéciale pour moi. C’est la première fois que je suis professeur principal en Terminale. J’avais déjà été référent à ce niveau, et professeur principal sur d’autres niveaux, mais jamais les deux en même temps. Et je dois le dire : la pression Parcoursup et le poids de l’orientation dans le travail m’ont surpris. Si on veut faire les choses proprement, accompagner chaque projet, relire les lettres, cadrer les stratégies de vœux, il faut y consacrer un temps considérable. Je le savais en théorie. Je l’ai mesuré en pratique.
L’autre surprise de l’année, c’est le contraste entre mes deux classes. Sur le papier, la T11 avait tout pour former un groupe rapidement : un profil homogène, tout le monde en Maths-Physique, des ambitions voisines. Et la T07, avec ses quatre combinaisons de spécialités différentes, partait éclatée. C’est l’inverse qui s’est produit. La T07 n’a pas mis longtemps à devenir une promo soudée et solidaire. La T11 a pris beaucoup plus de temps à faire bloc. Comme quoi la cohésion d’un groupe ne se déduit pas de la grille des spécialités.
Côté pratique, j’ai dû légèrement revoir ma façon de faire cours : la rénovation des salles de classe a changé leur organisation matérielle. Rien de radical pour autant. Ma façon d’enseigner et d’évaluer n’a pas beaucoup bougé depuis l’an dernier, et c’est ce qui rend les comparaisons possibles.
Le dispositif d’évaluation
Le socle reste le même que l’an dernier : des formats variés, chacun avec un rôle précis et un poids proportionné à ce qu’il mesure. Deux évolutions cette année : j’identifie désormais le bac blanc comme tel dans la moyenne (coefficient 3), et je note le travail de préparation au Grand Oral avec un coefficient 1, là où le Grand Oral restait hors moyenne l’an dernier.
Résultats : deux classes au microscope
Commençons par le panorama global, classe par classe.
T07 : la classe multi-spécialités
La médiane (15,68) est nettement au-dessus de la moyenne (14,84) : c’est la signature d’une distribution asymétrique. Concrètement, la T07 fonctionne à deux étages. Un gros bloc solide au-dessus de 14 (les deux tiers de la classe, dont 12 élèves au-dessus de 16), et une queue basse bien réelle : 6 élèves sous 12, dont 2 sous la barre des 10. Une classe soudée dans la vie, mais coupée en deux dans les chiffres.
T11 : la Maths-Physique
La T11 affiche la meilleure moyenne des deux classes (15,09) avec une distribution plus régulière. Son fait marquant est ailleurs : 7 élèves au-dessus de 18, soit près d’un cinquième de la classe. Un groupe de tête d’une densité que je n’avais encore jamais eue. À l’autre bout, un seul élève sous la barre des 10.
Verdict de la comparaison directe : des moyennes très proches (0,25 point d’écart), mais des architectures différentes. La T07 est une classe bimodale, avec un sommet et une queue. La T11 est plus continue, avec un sommet plus dense. Et dans les deux cas, un constat s’impose : ces classes sont bien plus hétérogènes que ce que j’avais l’an dernier. J’y reviens en fin d’article.
Filles et garçons en spé maths : statistiques par genre
Sur l’ensemble des deux classes : 33 filles et 34 garçons. La parité quasi parfaite masque deux histoires opposées.
L’an dernier, j’écrivais que la surperformance des filles était cohérente avec ce que j’observais depuis plusieurs années en Terminale. Cette année m’oblige à nuancer. En T11, la Maths-Physique, l’observation tient : les filles devancent les garçons de 0,29 point et 81% d’entre elles dépassent 14. Mais en T07, c’est l’inverse total : les garçons dominent de 1,2 point, les cinq premiers de la classe sont des garçons, et 57% d’entre eux dépassent 16. Deux classes suffisent à casser une généralisation. C’est exactement pour ça que je documente : une impression, ça se vérifie sur plusieurs années, pas sur deux classes.
Sur l’orientation, en revanche, les schémas classiques persistent des deux côtés :
Les garçons restent surreprésentés en CPGE (61% des admis) et en école d’ingénieurs (78%). Les filles dominent nettement les filières santé (73% des candidats) et les écoles de commerce. Le même schéma que l’an dernier, sur un échantillon deux fois plus grand.
Formations d’excellence
Le niveau du groupe de tête se lit directement dans les admissions. Cette année, mes élèves ont décroché des places dans plusieurs des prépas les plus sélectives de France.
La statistique qui me marque le plus : les quatre admis en MP2I, la filière informatique des CPGE, affichent une moyenne de 18,94. Ce sont les tout meilleurs élèves des deux classes qui choisissent cette voie, qui n’existait pas dans les vœux de ma classe l’an dernier. Ce que cette promotion m’apprend, c’est que l’informatique attire maintenant les tout meilleurs.
Orientation Parcoursup : CPGE, PASS, écoles post-bac
Vue d’ensemble par pôle
| Pôle | T07 | T11 | Total | Moyenne |
|---|---|---|---|---|
| CPGE | 17 (55%) | 11 (31%) | 28 (42%) | 16,65 |
| Santé (PASS/LAS) | 2 (6%) | 13 (36%) | 15 (22%) | 15,30 |
| École d’ingénieurs post-bac | 3 (10%) | 6 (17%) | 9 (13%) | 13,51 |
| École de commerce post-bac | 3 (10%) | 1 (3%) | 4 (6%) | 13,45 |
| Université (licences) | 4 (13%) | 2 (6%) | 6 (9%) | 12,73 |
| Autres (BTS, BUT, art, hors plateforme) | 2 (6%) | 3 (8%) | 5 (7%) | 11,11 |
Deux profils d’orientation radicalement différents. La T07 est une classe à prépas : plus d’un élève sur deux part en CPGE, avec une palette que seule une classe multi-spécialités peut produire (scientifiques, ECG, une B/L, une khâgne, une D1). La T11, elle, m’a offert une bascule que je n’avais jamais vue dans une Maths-Physique : les filières santé (36%) y devancent les CPGE (31%). Et ce ne sont pas des choix par défaut : deux élèves du top 5 de la classe partent en PASS alors que leur dossier ouvrait grand les portes des meilleures prépas.
CPGE : 28 élèves, 42% de l’ensemble
| Filière | Nb | Moyenne | Lycées de destination |
|---|---|---|---|
| MP2I | 4 | 18,94 | Hoche (x3), Janson de Sailly |
| MPSI | 6 | 17,67 | Stanislas, Janson de Sailly, Chaptal, Blaise Pascal (Orsay), Fénelon Sainte-Marie, Paul Valéry |
| PCSI | 10 | 17,02 | Stanislas, Michelet (x6), Claude Bernard (x2), Montesquieu (Le Mans) |
| BCPST | 2 | 14,15 | Chaptal (x2) |
| ECG | 3 | 14,18 | Montaigne, Saint-Michel de Picpus, Saint-Jean (Douai) |
| ENS D1 | 1 | 15,71 | École Nationale de Commerce (Paris) |
| Littéraires (A/L, B/L) | 2 | 13,94 | Chaptal, Sainte-Marie de Neuilly |
La hiérarchie interne des CPGE scientifiques est limpide cette année : MP2I (18,94), puis MPSI (17,67), puis PCSI (17,02). Les 22 admis en CPGE scientifique affichent ensemble une moyenne de 17,28. La présence de filières littéraires et de la D1 dans ce tableau est une spécificité de la T07 : c’est ce que produit une classe où la spé maths côtoie LLCE, HGGSP et HLP.
Santé : 15 élèves, 22% de l’ensemble
C’est la grande vague de l’année, presque exclusivement portée par la T11. Ce qui me frappe, c’est l’amplitude des profils : de 10,90 à 18,70 de moyenne. La santé attire aussi bien des élèves brillants qui auraient eu les meilleures prépas que des profils plus fragiles qui passent par la voie LAS. Douze candidats PASS avec une moyenne de 15,71 en maths, c’est un groupe solide : c’est exactement le genre de travail régulier que demande la première année de médecine.
Écoles post-bac : 13 élèves, 19% de l’ensemble
Les écoles d’ingénieurs à prépa intégrée restent la voie naturelle des profils entre 12 et 15 qui visent l’ingénierie sans passer par la CPGE. Détail qui m’amuse : la moyenne de ce groupe est de 13,51 cette année, contre 13,52 l’an dernier. Un centième d’écart.
Université et autres : 11 élèves, 16% de l’ensemble
Deux élèves terminent l’année en dehors de la plateforme, pour des situations particulières connues et accompagnées. Rien à voir avec un échec d’affectation : tous les élèves qui attendaient une proposition Parcoursup en ont obtenu une.
Corrélation notes et orientation
Comme l’an dernier, je croise la tranche de moyenne annuelle avec le pôle d’orientation, cette fois sur les 67 élèves des deux classes.
Trois constats. Le pôle CPGE capte toujours le haut de la distribution : 19 de ses 28 admis dépassent 16. Nouveauté, la colonne santé traverse toutes les tranches, de moins de 12 à plus de 18 : le PASS n’est plus un choix de niveau, c’est un choix de projet. Et les écoles post-bac recrutent l’essentiel de leurs effectifs entre 12 et 16, exactement comme l’an dernier.
Et par rapport à l’an dernier ?
Ces précautions posées, quatre évolutions se dégagent nettement.
L’homogénéité a disparu. Ma classe de l’an dernier avait un écart-type de 1,88, personne sous 10,48. Cette année : 2,80 en T07, 2,68 en T11, et trois élèves sous la barre des 10. J’avais une classe confortable et resserrée, j’ai eu deux classes à double vitesse. C’est ce qui a le plus transformé mon quotidien : la différenciation n’était plus une option, et le décrochage n’était plus une abstraction.
Le sommet est monté. Un seul élève au-dessus de 18 l’an dernier. Onze cette année, sur les deux classes. Les meilleures admissions suivent : Hoche, Stanislas, Janson, et la MP2I dont je parlais plus haut, qui capte désormais ces élèves qui cherchent à aller plus loin que les bonnes notes.
La santé a explosé. 12% de candidats PASS l’an dernier, 22% cette année sur l’ensemble, et jusqu’à 36% en T11 où la santé devance la CPGE. Une bascule de cette ampleur ne peut pas s’expliquer par le seul hasard des cohortes. J’y vois un effet de génération qu’il faudra confirmer l’an prochain.
La part de CPGE, elle, n’a pas bougé. 41% l’an dernier, 42% cette année. La composition interne a changé (plus de scientifiques, moins d’ECG, des littéraires en plus), mais l’attrait global de la prépa reste constant. Et les écoles d’ingénieurs post-bac rejouent leur centième d’écart : 13,52 puis 13,51.
Pour conclure
Ce deuxième bilan tient la promesse du premier : les comparaisons commencent à exister. Des régularités se confirment, comme la corrélation entre notes et sélectivité ou le profil des écoles post-bac. Une impression se fissure déjà : celle de la surperformance systématique des filles. Et deux signaux neufs apparaissent, la MP2I et la vague santé. C’est exactement ce que j’espérais de cet exercice.
Cette année m’a aussi appris quelque chose qui n’apparait dans aucun tableau : être professeur principal en Terminale est un deuxième métier. L’orientation dévore des heures entières si on la fait sérieusement, et ces heures ne se voient nulle part. Et mes deux classes m’ont rappelé qu’un groupe ne se résume pas à ses statistiques : la classe la plus hétérogène sur le papier a été la plus soudée dans la vraie vie.
Pour les collègues qui lisent : le format est reproductible, les données sont dans vos logiciels de notes et dans les exports Parcoursup. Si l’exercice vous tente, n’hésitez pas à me contacter. Et si vous aimez voir l’envers du décor, j’ai aussi raconté les coulisses d’un concours organisé en classe.
Les impressions ont besoin de données, et les données ont besoin de plusieurs années.